Newsletter N°3 - Juin 2006

Edito

Cette newsletter est pour nous l’occasion de fêter avec vous les 18 mois de fonctionnement de notre fondation. Le premier semestre 2006 a été source d’enseignements. A deux titres au moins :

- Les multiples projets et demandes de partenariats que la Fondation reçoit (plus de 500 au cours du 1er semestre 2006), par leur richesse et leur variété, témoignent de la pertinence et de la nécessité de faire vivre ensemble développement humain et protection de l’environnement. La demande est forte, exigeante ; la volonté de la Fondation est d’y répondre au cas par cas, de manière appropriée et dans le respect des critères de sélection stricts et motivés qui sont les siens.
- Le suivi régulier de la mise en œuvre des projets, qui est à nos yeux un impératif, est éclairant. Les fondateurs et la directrice de la Fondation se sont rendus ces derniers mois en Inde, au Sénégal, au Pérou et au Maroc. Autant de déplacements utiles, permettant de prendre la mesure des résultats déjà obtenus, mais parfois aussi de formuler des recommandations.

C’est à la lumière de ces expériences diverses que nous vous présentons aujourd’hui les derniers projets dans lesquels la Fondation a choisi de s’impliquer.

Dans un souci de partage d’expérience, nous vous proposons également de prendre connaissance de techniques innovantes mises en place sur le terrain par certains de nos partenaires.
En novembre 2006, de nouveaux projets seront portés à l’appréciation de la commission ad hoc.

Merci à toutes les personnes qui ont participé à ce numéro, prochaine parution prévue en décembre,

« Bavardage est écume sur l’eau, action est goutte d’or »
Proverbe tibétain

Irène S.Almeras

Ma mission en Inde, par Jacqueline Délia-Brémond, Vice-Présidente de la Fondation Ensemble

L’objectif de ma mission en Inde, en mars 2006, était triple.
Lors de mon premier voyage, l’an dernier, pour le compte de la Fondation Ensemble, j’avais rencontré un certain nombre de structures associatives locales dont certaines menaient des projets en phase avec la mission de la fondation. De retour à Paris, des contacts avaient été établis et plusieurs projets sélectionnés par le Bureau de la fondation au cours de l’année 2005.

Revenant sur place un an plus tard, j’étais évidemment impatiente de me rendre sur le terrain afin de voir leur évolution. l’Inde est en effet le seul pays où la fondation Ensemble soutient des projets sans autre interface que les structures locales.

J’ai donc visité à Udaipur le projet spécifique soutenu par la fondation et faisant partie du programme “Clean”, association Devalt, qui se déroule dans 74 villes en Inde. Ce programme développe aussi bien des outils techniques (conservatoire de plantes médicinales, purificateur d’eau de pluie écologique installé dans une école) que pédagogiques (atelier de recyclage de papier, vermicomposting, dans une école professionnelle située dans un quartier défavorisé et fonctionnant sur les principes de Gandhi: une éducation de base et les moyens d’assurer sa subsistance par un apprentissage manuel). L’enthousiaste coordinateur de ce projet applique dans sa propre maison toutes les théories qu’il enseigne aux enfants. Ses parents eux-mêmes ont été convertis.A 80 Km d’Udaipur, à Delwara, rencontre avec les membres de l’association Seva Mandir ainsi que les autorités municipales, les habitants et plusieurs groupes de femmes des deux villages concernés par le projet d’assainissement financé par la fondation. Rien n’est encore commencé. Seules des études ont été réalisées.

De retour à Delhi, direction l’Haryana où la fondation soutient à Kherla un projet très complet de village-modèle écologique. Rencontrant, l’année dernière, Omita Paul, j’avais été impressionnée par cette femme remarquable qui occupe un poste important au ministère indien de la Défense et trouve cependant le temps d’animer, avec sa belle-fille, Gayatri, l’association Aravis Vikas qu’elle a créée plusieurs années auparavant. Ici les résultats sont tangibles: deux centres joliment rénovés, un pour les hommes avec quelques haltères en guise de salle de sport, l’autre pour les femmes avec atelier de soins de beauté, 50 toilettes construites, un receveur d’eau de pluie, 600 mètres de caniveaux, - là où ils existent les ruelles sont propres-,plusieurs points d’eau, des plantations de jatrofa (bio diesel), etc. Bonne écoute de la population, clarté de la mise en oeuvre, autorité et pragmatisme semblent être les qualités de cette association, tout à fait en phase avec des autorités municipales très satisfaites des travaux déjà réalisés.

Plus tard, je me rends tout à fait au sud, à Pondichery, dans le Tamil Nadu, où la fondation soutient un projet de gestion de l’eau avec l’association Harvest dont le siège est à Auroville. Le projet n’a pas encore commencé en termes de réalisation proprement dite mais les problèmes touchant les villages sont évidents . Dans l’un, l’eau alimentant une retenue où les femmes venaient puiser leur ration quotidienne est aujourd’hui polluée en amont par pesticides et engrais. Elles ont imaginé de creuser un trou sur la berge et recueillent ainsi un filet d’eau plus ou moins filtré par le sable. La moisson est maigre et d’innombrables allées et venues sont nécessaires pour remplir une jarre. Les disputes sont constantes. Dans un autre village, c’est un immense lac qui a été peu a peu envahi par la végétation, des villageois en ont squatté des parcelles. Il faut maintenant les convaincre de s’en aller, nettoyer les eaux polluées, les diriger où nécessaire. L’utilité du projet est évidente.

Je souhaitais également rencontrer à Delhi de nouvelles associations afin de créer des contacts pouvant générer de nouveaux projets. Une dizaine ont fait le voyage à Delhi pour me rencontrer, certaines venant parfois de loin, comme la représentante de l’une d’entre elles qui prenait l’avion pour la première fois. On voudrait tant ne pas les décevoir, mais malheureusement les propositions ne tiennent pas toujours compte de tous les critères de la fondation.

La troisième partie de ma mission concernait la recherche d’experts locaux qui puissent aider la fondation à mieux juger d’un projet proposé, à participer éventuellement à sa mise en place et plus tard à en faire l’évaluation. Là encore, les contacts ont été fructueux.

C’est un cliché de dire à quel point l’Inde est un pays attachant. Pourtant, dans les années 80, quand V.S Naipaul écrivait sa fameuse trilogie, “Inde une civilisation blessée”, l’état du pays m’avait désespérée. Aujourd’hui il revit et certains nous disent: pourquoi aider les Indiens, ils sont si intelligents, ils s’en sortiront tout seuls. Certes ils le sont, et quelques-uns d’entre eux sont même immensément riches. Mais a quelques kilomètres d’un centre économique international comme Bangalore, d’immenses poches de pauvreté subsistent. Je crois qu’il faut travailler avec et pour l’Inde, nous pouvons lui être utile et elle est à l’évidence l’une des forces de demain.

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Les derniers projets acceptés par la Fondation Ensemble

1. Eau et assainissement

Protection et gestion durable des ressources en eau et des sols des bassins versants des rivières Ichu et Pisco – Pérou - VSF-CICDA

Garantir la protection et la gestion durable des ressources en eau (réhabilitation de systèmes d’irrigation, définition de règles d’usage) et des sols (gestion des espaces pâturés) dans les systèmes irrigués et les prairies d’altitude des communautés paysannes et des bassins versants.

Restauration du milieu naturel et promotion des systèmes de production agricole durable dans la zone des Niayes - Sénégal - SOS Sahel

Mise en place de plans de gestion des bandes de filaos, qui protègent les cuvettes maraîchères de l’ensablement, et promotion d’un système de production agricole durable (irrigation, compost, diminution des engrais et pesticides…).

Programme de renforcement de la fédération de femmes KGFWA pour améliorer durablement leurs conditions de vie et engager un développement local en concertation avec les pouvoirs publics – Inde – ADER

Renforcer la fédération de femmes KGFWA pour améliorer durablement leurs conditions de vie, notamment par l’accès à des services de base (accès à l’eau potable, ramassage/traitement des ordures, blocs toilettes).

Amélioration de l'environnement des familles des quartiers démunis d'Antananarivo - Madagascar - ENDA Océan Indien

Amélioration de l’environnement des familles par la consolidation de l’habitat, la construction de latrines familiales et par la collecte de déchets ménagers. Une attention particulière sera portée à l’accessibilité des installations aux personnes à mobilité réduite.

Solutions alternatives d’assainissement pour les plus démunis - Pérou - Water and Sanitation Program

Améliorer la santé des plus démunis et diminuer les impacts négatifs des pratiques actuelles d’assainissement par l’accès à des services d’assainissement de base durables.

2. Autres actions de développement durable

Renforcement des communautés pour la protection de la biodiversité - Madagascar - Conservation International

Renforcer les connaissances des communautés locales sur leur environnement (forêts, ressources naturelles, espèces…) et mettre à disposition des communautés des moyens pour qu’elles réalisent directement des actions participant à la conservation de la biodiversité.

Insertion de personnes en difficulté et DEEE- France - ENVIE

Diversifier l’offre d’insertion en difficulté en profitant de l’évolution favorable de la réglementation européenne en matière de traitement des déchets électriques et électroniques (DEEE).

3. Education à l’Environnement

Ecogestes Méditerranée en Languedoc Roussillon – France - Voile de Neptune

Promouvoir auprès des usagers et des professionnels de la mer les gestes pratiques et écologiques pour préserver la Méditerranée.

Le jardin "Fleurs de Cocagne" – France - Réseau Cocagne

Accueillir des hommes et surtout des femmes de tous âges en situation précaire, et leur donner une opportunité à travers la production horticole (fleurs coupées et/ou plantes florales) respectueuse de l’environnement.

Le Biogaz en Chine

Merci à Christophe Barron et Jeanne Rouy pour nous avoir transmis cet article sur la technique du Biogaz mise en place par Initiative Développement en Chine – http://www.id-ong.org/

Les réservoirs à biogaz fonctionnent avec les déchets humains et animaux, lisier de porc en particulier. Ces déchets, rassemblés dans un digesteur, produisent ainsi du méthane. Cela permet d'une part, de gérer à la fois les excréments et de les valoriser grâce à l'utilisation du méthane pour l'éclairage et la cuisine (ce qui diminue notamment l'achat de charbon, très polluant, et le temps de collecte de bois dans des zones déjà très déboisées), et d'autre part d'utiliser les résidus comme engrais naturels. Enfin, cela permet d'améliorer l'hygiène des maisons et des cours.

Le réservoir à biogaz est enterré et les latrines construites sur son toit pour des raisons d'isolation (la digestion par les bactéries anaérobies est optimale à 37o et à température constante).
La performance du système est améliorée par :
- la présence de latrines et leur connexion directe au digesteur
- la construction de parcs à animaux (essentiellement des cochons) - sur le toit du réservoir à biogaz - permet non seulement d'améliorer la situation sanitaire, mais aussi de fournir une isolation supplémentaire et donc une meilleure production de gaz.

Enfin de manière périphérique, le développement de cultures fourragères est alors souhaitable, le parcage induisant l'apport de nourriture. La luzerne est reconnue pour ses qualités nutritives, cette semence a une durée de vie de plus de 10 ans, les prélèvements se font par coupe. Elle peut en outre s'enraciner jusqu'à 4 m de profondeur et donc, plantée par bande de 50 cm de large au bord des terrasses, consolider efficacement celles-ci et prévenir l'érosion.

Quelques chiffres

2 porcs et 5 personnes apportent suffisamment de matière pour alimenter le digesteur
L'économie réalisée représente 100 à 200 euros par an
Le gaz produit permet 4 à 5 heures d'éclairage et gaz pour la cuisine par jour
Après un an, on peut retirer de l'engrais du digesteur, cet engrais contient moins de nitrates.

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La conservation des tortues taricaya au Pérou

Merci à Javier Noriega pour nous avoir envoyé la présentation de la méthode de conservation des tortues mise en oeuvre par Pronaturaleza au Pérou - http://www.pronaturaleza.org

La tortue taricaya, ou Podocnemis unifilis, est une tortue grise, aquatique, qui habite les lacs, rivières et ruisseaux du bassin d’Amazonie. La tortue taricaya pond ses oeufs sur des plages de sable qui se forment le long des rivières pendant la saison sèche, quand les pluies sont moins fréquentes, faisant descendre le niveau des rivières (entre mars et septembre). La population de cette espèce proliférait il y a de nombreuses années dans la Réserve Nationale de Pacaya Samiria, mais ses oeufs sont un mets apprécié par les habitants des environs et leur collecte irraisonnée a réduit leur nombre.

Le travail de ProNaturaleza dans la gestion de taricaya se développe de la manière suivante:

Organisation: Cette étape comprend la coordination entre les pouvoirs publics et les organisations communales, le renforcement des capacités, et l’organisation et la répartition du travail et des actions à mener.
Construction des plages artificielles: Les membres des groupes de gestion locale construisent des plages artificielles avec du bois et du sable dans un espace protégé de la zone, où ils mettent en nids les oeufs ramassés sur les plages naturelles.
Collecte des oeufs sur les plages naturelles: Une fois les nids identifiés sur les plages naturelles par les groupes de gestion, les oeufs sont sélectionnés, ramassés, et transportés vers les plages artificielles. Cela se passe généralement entre juillet et septembre.
Nidification des oeufs sur les plages artificielles: La nidification et le placement des oeufs sur les plages artificielles tente de reproduire la manière dont les tortues le font dans des conditions naturelles.
Surveillance: Pendant la nidification des oeufs sur les plages artificielles, normalement entre août et octobre, il faut surveiller et contrôler les nids pour éviter qu’ils soient mangés ou endommagés par d’autres animaux ou insectes comme, par exemple, les fourmis qui mangent les oeufs.
Le marquage des nouveaux nés: Les tortues taricaya naissent en général en octobre et novembre. Les nouveaux-nés des nids artificiels sont ramassés, mesurés et marqués afin d’assurer un suivi de l’activité de gestion au sein de la réserve.
Libération des nouveaux nés: Une fois les nouveau-nés marqués et enregistrés, ils sont libérés dans des ruisseaux ou des lacs, considérés comme sans danger pour l’espèce, ou dans des zones où il y a peu de prédateurs.

Depuis le début de ses travaux dans la région, ProNaturaleza a libéré 500,000 tortues taricaya dans les divers lacs et rivières de la Réserve.

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Les serres solaires agricoles au Ladakh

Merci à Thomas Mansouri pour nous avoir communiqué ce schéma technique sur le fonctionnement des serres solaires développées par le GERES en Inde- http://geres.free.fr/

Les conditions climatiques sont beaucoup plus sévères au Ladakh qu’en Europe, où il peut faire jusqu’à
-30°C la nuit en hiver. Malgré tout, la région connaît près de 300 jours d’ensoleillement par an, une énergie que chacun peut exploiter gratuitement.

Alliant le savoir faire local et les techniques d’architecture solaire passive, le GERES a développé un modèle de serre adapté aux conditions locales, construit avec des matériaux disponibles sur place (excepté la couverture transparente en plastique). Orientation face au Sud, inclinaison de la couverture transparente, isolation des murs (en briques ou en terre, doublés) et du toit avec de la paille… tout est pensé pour stocker le maximum d’énergie solaire le jour et la rediffuser passivement la nuit, évitant ainsi le gel, et pour résister aux abondantes chutes de neige.
A ces principes de base, il faut ajouter des techniques d’aération (des fenêtres isolées, sur le toit et dans le mur Ouest) pour éviter les surchauffes : lors des journées ensoleillées, les températures dans la serre peuvent monter au dessus de 30°C, même en plein hiver, ce qui n’est bon, ni pour les légumes, ni pour la consommation d’eau (toujours rare en hiver).

Quelques exemples

Pour les familles dépendant encore largement de l’agriculture, la production d’une serre peut permettre un accroissement de 50 % de leurs revenus (car ils peuvent vendre des légumes l’hiver, à l’époque où la pénurie fait grimper les prix).

Dans les zones les plus froides, les serres sont aussi utilisées en hiver comme salle de bain, lieux d’artisanat ou de repos pour les malades et personnes âgées.

La production de plants à repiquer en plein champ, tôt dans la saison, est un excellent moyen de rallonger la saison estivale…et dans une région où la saison de culture en plein champ dure seulement 4 mois, chaque semaine gagnée a son importance !

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Actualités

La prochaine commission aura lieu en novembre 2006. La date limite de dépôt des présentations de projet en trois pages est fixée au 20 septembre 2006.

La fondation est particulièrement intéressée à recevoir des propositions dans les domaines liés à l’eau (irrigation, assainissement, captage de l’eau de pluie), à la protection de la biodiversité et aux énergies renouvelables dans les pays « du Sud », ainsi que des projets permettant la réinsertion de personnes en difficulté et une meilleure utilisation des ressources naturelles en France.

Pour mémoire, les principaux pays d'intervention de la Fondation Ensemble sont: le Burkina Faso, le Cambodge, la Chine, la France, l'Inde, Madagascar, le Malawi, le Mali, le Maroc, le Pérou, la Roumanie, le Sénégal et l'Ukraine.

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